Claude DAVID : Regards – Solitudes (extraits)


Consciences emmêlées
dans les ferments du temps
nous boitons – titubons
aveuglés de réel… 

Nos rêves gisent là
comme un journal vieilli
dans la nuit de l’enfance
étoffe séculaire

Les matins sans surprise
nous enchaînent au piège
d’un quotidien glouton
impatient de nos âmes

Pourtant
il suffirait de naître
aux fresques de l’amour
de changer d’attention
de se laisser surprendre…

La vie…
ce monde parallèle
à portée d’intention
qui nous effleure, nous enlace
de tous ses possibles…

Il suffirait…
de démêler les temps en rêvant l’inconstant
d’esquisser un regard en rêvant les chemins
de sourire au matin en rêvant l’authentique…

Ne plus craindre
la nudité du rêve


La rue…
Tous ces fragments de toi éparpillés
enfance renversée en flaques nostalgiques
fresques décolorées dans le trouble du vent

La main tendue… un peu – les yeux baissés blessés
quelques mots désunis – échos aux pas pressés
quelques mots murmurés comme pour t’excuser…

Te voici devenu transparence …

Les inconnus foulent ton ombre repliée
insouciants de tes tourments – de ton attente
enracinés qu’ils sont dans l’illusion d’un but
d’un quotidien urgent banal et sans partage

La pierre – confidente accueille tes pensées
tes rêveries d’antan – ton désir en jachère
ton angoisse de l’autre
d’un printemps, de ses leurres…

La main tendue… un peu… vers un sourire
juste un sourire… pour rêver – pour résister…
juste pour exister…

L’ombre emplit peu à peu paroles et vitrines
dispersant les bonheurs loin de ta solitude…
Reste à te rassembler – t’inventer un cocon
un désert étoilé pour attendre demain… 

La rue… rien que pour toi…
et le noir de la nuit
pour seule étreinte 


Les cris de la sono
dans le super – hyper
sommaires sommations
dans le temple de la consommation

“C’est la fête marchande !
Exceptionnel moins 10% !”

Ils poussent leurs chariots
sur le boul’vard des chalandises

En vrac bifidus – Proust
tout peut être vendu
même le charme même la mort

“C’est du bonheur Madame !
Une histoire à deux sous !
Ça va décoiffer vos amies !” 

Et les caddies s’emplissent
de riens, de vent, de vides
de rêves qui s’entrechoquent… 

La caisse et puis l’appart…
les sacs déversent l’inutile
sur le froid de la nappe… 

L’éclat a disparu…
placards et quotidien s’emplissent 

Reste la solitude
et ses parfums troublants
rêv’ries éparpillées 

Envie de magie – magie de l’envie
c’était presque de la tendresse
dans le grand cirque de l’étal


Solitude des mains tremblées
qui se regardent et se touchent

Les mots doux les caresses
souvenirs désormais

Cet autre toi par la fenêtre trouble
enfance délavée – les jours de pluie
les pieds noueux de vigne vierge
les volets bleus et les dessins

Les mains sur le vieux tablier
combien de jours encore 

Attendre… demain
Vieilles pierres…
vigne vierge…
pieds noueux sous la pluie…
le trouble des caresses 

Ventre rond… hier

Le temps faussement linéaire
se déroule et s’enroule 


Dans son pull col en V
jambes croisées
elle attend – ne sait plus… 

Ses yeux, voilés de rêves
se dérobent au jour
ignorent les passants

La feuille griffonnée
entre ses doigts
tremble de ses pensées

A ses côtés
l’enfant s’est endormie

Leur première journée…
le bagage est trop lourd
de souv’nirs chiffonnés

Quelques pièces entre elles
un pain et du coca

De l’erratique
aux miroirs aveugles 


©  2014 – Claude David

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